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Cardinal Godfried Danneels, l'Humanité de Dieu, p. 203-204 - l'amour fou du Christ

Je souhaite à l'Église — elle ne peut le produire d'elle-même — la venue d'un saint, tel que François d'Assise ou Catherine de Sienne. Saint François a eu la grâce de retrouver le Christ tel qu'il est, à une profondeur et dans une fraîcheur inouïes. Cette inspiration qui lui délivra le Christ total lui fit du même coup retrouver toutes choses : la simplicité de l'Évangile, l'amour du pauvre, la passion de la bonne nouvelle, la vie fraternelle, tout. Il existe des jeux où, en appuyant simplement sur tel numéro, la boîte s'ouvre aussitôt en vous délivrant son contenu. Saint François d'Assise, c'est une inspiration unique : il a mis le doigt sur le cœur du Christ, et tout s'est ouvert à lui.

Je pense souvent qu’un changement serait nécessaire à l’Eglise – un mouvement de conversion radical, une véritable réévangélisation – et je perçois combien pareille expérience devrait s'alimenter à une racine profonde et mystérieuse, à laquelle nous n'atteignons pas de nous-mêmes. Certes, les petits résultats sont là, et il faut s'en féliciter. Mais j'ai le sentiment que l'on ne parvient pas aux commandes du cœur. C'est comme si l'on mettait un peu de baume sur une blessure ; elle s'en trouve soulagée certes, mais le bienfait n'est pas durable.

— Ne pensez-vous pas qu'il s'en trouve aujourd'hui pour, non seulement rappeler ce qu'il y a d'essentiel, mais pour reconduire en profondeur vers cet unique nécessaire ?

— Beaucoup disent aujourd'hui quelque chose de fondamental en rappelant quelque chose du Christ. Mais s'en trouve-t-il qui soient tellement au centre qu'ils aient touché le tout du Christ ? Catherine de Sienne en était, elle aussi. Non contente de tenir tel ou tel point, si fondamental fût-il, ces grands saints s'abîmaient jusqu'au cœur. Ils ne disaient pas « quelque chose » du Christ ou de l'Église, ils en touchaient le cœur.

— Qu'appelez-vous ce je ne sais quoi de fondamental auquel saint François aurait touché en faisant par là même s'ouvrir le cœur ?

— C'est un amour fou du Christ. C'est tout. Un désir irrésistible d'imiter le Christ à la lettre, avec un refus absolu de réécrire l'Évangile, d'écrire entre ses lignes ou dans sa marge pour en édulcorer le caractère radical. D'où sa fameuse expression : Evangelium sine glossa. Pas de glose, mais le texte. Si le Chiist affirme : « Joue droite, joue gauche », n'ajoutez pas en note : « Oui, mais. » Vivez le texte dans sa nudité, et vous verrez. C'est cela François d'Assise.

Notre époque a besoin d'un saint habité d'un amour fou du Christ, mais aussi de l'amour de l'Église.

 

 

frère Eloi Leclerc, Sagesse d'un pauvre , p.136-137

 

Il est difficile de dire d’accepter la réalité et à v rai dire, aucun homme ne l'accepte jamais totalement. Nous voulons toujours ajouter une coudée à notre taille, d'une manière ou d'une autre. Tel est le but de la plupart de nos actions. Même lorsque nous pensons travailler pour le Royaume de Dieu, c'est encore cela que nous recherchons bien souvent. Jusqu'au jour où, nous heurtant à l'échec, à un échec profond, il ne nous reste que cette seule réalité démesurée : Dieu est. Nous découvrons alors qu'il n'y a de tout-puissant que lui, et qu'il est le seul saint et le seul bon. L'homme qui accepte cette réalité et qui s'en réjouit à fond a trouvé la paix. Dieu est, et c'est assez. Quoi qu'il arrive, il y a Dieu, la splendeur de Dieu. Il suffit que Dieu soit Dieu. Seul, l'homme qui accepte Dieu de cette manière est capable de s'accepter vraiment soi-même. Il devient libre de tout vouloir particulier. Plus rien ne vient troubler en lui le jeu divin de la création. Son vouloir s'est simplifié et en même temps il s'est fait vaste et profond comme le monde. Un simple et pur vouloir de Dieu, qui embrasse tout, qui accueille tout. Plus rien ne le sépare de l'acte créateur. Il est entièrement ouvert à l'action de Dieu qui fait de lui ce qu'il veut, qui le mène où il veut. Et cette sainte obéissance lui donne accès aux profondeurs de l'univers, à la puissance qui meut les astres et fait éclore si joliment les plus humbles fleurs des champs. Il voit clair à l'intérieur du monde. Il découvre cette souveraine bonté qui est à l'origine de tous les êtres et qui sera un jour tout entière en tous, mais il la voit déjà répandue et épanouie en chaque être. Il participe lui-même à la grande forme de la bonté. Il devient miséricordieux, solaire comme le Père qui fait resplendir son soleil avec la même prodigalité sur les bons et les méchants. Ah ! frère Tancrède, que la gloire de Dieu est grande ! Et le monde ruisselle de sa beauté et de sa miséricorde !

 Mais dans le monde, repartit Tancrède, il y a aussi la faute et le mal. Nous ne pouvons pas ne pas les voir. Et, en leur présence, nous n'avons pas le droit de demeurer indifférents. Malheur à nous si, par notre silence ou notre inaction, les méchants s'endurcissent dans leur malice et triomphent !

— C'est vrai ; nous n'avons pas le droit de demeurer indifférents devant le mal et la faute, reprit François. Mais nous ne devons pas non plus nous irriter ni nous troubler. Notre trouble et notre irritation ne peuvent que gêner la charité en nous-mêmes et dans les autres. Il nous faut apprendre à voir le mal et la faute comme Dieu les voit. Cela précisément est difficile. Car, là où nous voyons naturellement une faute à condamner et à punir, Dieu, lui, voit tout d'abord une détresse à secourir. Le Tout-Puissant est aussi le plus doux des êtres, le plus patient. En Dieu, il n'y a pas la moindre trace de ressentiment. Quand sa créature se révolte contre lui et l'offense, elle reste toujours à ses yeux sa créature. Il pourrait la détruire, bien sûr. Mais quel plaisir Dieu peut-il trouver à détruire ce qu'il a fait avec tant d'amour ? Tout ce qu'il a créé a des racines si profondes en lui. Il est le plus désarmé de tous les êtres en face de ses créatures. Comme une mère devant son enfant. Là est le secret de cette patience énorme qui parfois nous scandalise.